1280.050. Visite ad limina 2008: Discours de Mgr Louis N. Kébreau

Classification Religions et Croyances

Très Saint-Père,

1. C’est pour nous, Évêques d’Haïti, une joie immense de nous réunir auprès de Votre Sainteté, à l’occasion de notre visite « ad limina Apostolorum » pour exprimer notre filial et fraternel attachement au successeur de Pierre et réaffirmer, cum Petro et sub Petro, notre pleine et entière communion épiscopale.

2. Le peuple de Dieu dont nous avons la charge pastorale, dans les deux provinces ecclésiastiques, avec les neuf diocèses que compte jusqu’à présent l’Église d’Haïti, se joint à nous, au cours de ce pèlerinage de foi, pour vous dire son affection et sa gratitude pour votre sollicitude paternelle envers notre pays et vous assurer de sa constante prière.

3. Les Archevêques et Évêques ici présents viennent d’un petit pays caribéen ayant une grande histoire. Ils viennent donc au siège des Apôtres partager leurs soucis et demander d’être raffermis dans la foi.

4. Soyez donc remercié, Sainteté, pour les sages conseils, les entretiens fructueux et les nombreuses rencontres que nous avons eu le privilège de vivre avec vous. C’est pour chacun de nous un signe éloquent de votre grande fraternité de coeur et d’esprit avec l’Église locale dans son incessant combat pour annoncer avec les moyens du bord l’évangile et promouvoir une humanité renouvelée en Haïti.

5. Notre pays encore meurtri après de longues années de calvaire cherche lentement mais sûrement à se remettre debout et nous comptons tous sur les paroles de Pierre et de son encouragement pour continuer à lui dire: « Lève-toi et marche ! »

6. A 25 ans de la Visite en Haïti de votre Prédécesseur, le serviteur de Dieu, Jean Paul II, comment ne pas faire mémoire de son appel au changement, de l’invitation à entrer dans une mentalité de service, et enfin de son cri d’espérance lancé en faveur des plus démunis, « pour que les pauvres de toute sorte se reprennent à espérer».

7. Oui, nous y étions, ce jour-là, à la cathédrale de Port-au-Prince où il lançait solennellement le début de la nouvelle évangélisation pour toute l’Amérique latine et pour le monde. Aujourd’hui, où en sommes-nous? Veilleurs, à quel point en est-on avec la nuit? Quels sont les défis actuels ?

8. Il est certain que les rapports quinquennaux des diocèses révèlent les ombres et les lumières qui traversent notre jeune Église qui fêtera, dans deux ans, les 150 ans du Concordat entre le Saint-Siège et le Gouvernement Haïtien. Les difficultés de la Mission et les souffrances de notre peuple nous ont fait prendre conscience de l’urgence et de la pertinence de l’Évangélisation qui ne peut souffrir de délai.

9. Récemment, la célébration de certains événements de foi nous a permis de retrouver un nouvel élan et une vitalité renouvelée à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance en 2004. Le Congrès Missionnaire des prêtres, le Congrès Missionnaire des Religieux, le Congrès des Jeunes, le Congrès de la Famille, le Congrès de l’Éducation Catholique et enfin la commémoration des 125 ans de la guérison de notre peuple de la petite vérole par l’intervention de Notre-Dame de Perpétuel Secours.

10. Tous ces temps forts de partage, de prière, de réflexion et de décision, semblent avoir marqué la présence de « l’Église dans la Cité » en lui donnant une plus grande visibilité, une plus forte crédibilité et une plus grande proximité avec le peuple de Dieu.

11. En même temps, nous avons profité pour renouveler la foi de l’Église entière dans une conversion pastorale, restructurer nos paroisses, nous engager dans une évangélisation de proximité, rendre les communautés de foi plus vivantes et plus dynamiques. Bref, l’Église en Haïti est en état de Mission.

12. Une Mission qui nous renvoie avec acuité à la formation des acteurs qui sont les prêtres, les religieux et les religieuses, les membres des mouvements d’action catholique, les agents pastoraux laïcs, les séminaristes, les universitaires, etc. La question de la Formation devient pour tous les niveaux une préoccupation primordiale et une priorité pastorale au premier degré pour l’Église locale.

13. Nous entrons donc avec enthousiasme dans la grande mission continentale lancée par le CELAM depuis Aparecida. Cette mission qui se fait globalement et localement est essentiellement une mission d’évangélisation, afin de susciter sous la mouvance de l’Esprit Saint des disciples missionnaires de Jésus afin qu’en Lui notre peuple ait la vie (Jean 10,10).

14. L’Église locale pourra se sentir témoin de la force de l’évangile qui maintient la flamme de l’espérance face aux forces de mal, du péché de la haine, de la division et de la violence, en offrant un nouvel avenir à notre peuple.

15. En effet, en réveillant la foi, en renforçant l’identité catholique, en engageant les paroisses dans une pastorale samaritaine et en travaillant pour la promotion intégrale des humains, nous comptons participer à la renaissance rapide de notre pays et à l’édification de la civilisation de l’espérance et de l’amour.

16. Par cette évangélisation capillaire basée sur l’Église- famille de Dieu et de la Fraternité universelle dans le Christ nous voulons éduquer les coeurs et former les consciences pour que la Société haïtienne devienne plus juste, plus solidaire, plus équitable et plus fraternelle.

17. Très Saint-Père, dans votre première lettre encyclique, vous nous rappelez que l’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice (Deus Caritas #28).

18. Cette tâche de transformer le temporal, dit Lumen Gentium # 31, revient au laïcat. C’est pourquoi nous avons commencé à promouvoir un laïcat adulte et responsable, engagé dans la cité, dans la construction d’un État de droit dans notre pays et dans l’Église.

19. En outre, nous avons opté pour la jeunesse dans nos priorités pastorales. Nous sommes sensibles à leur cri et à leur espérance. L’Église, en structurant la pastorale des jeunes, se propose de les écouter, de les accompagner et de les orienter.

20. Depuis plus de dix ans, l’Université Notre-Dame les aide à découvrir le visage maternel et éducateur de l’Église en leur offrant une solide formation intellectuelle, spirituelle et morale enracinée dans l’histoire de notre pays.

21. La Formation humaine, spirituelle, communautaire et pastorale des séminaristes reste également un souci majeur pour l’épiscopat haïtien, convaincu que le renouvellement de notre pays ne se fera pas sans un renouvellement du clergé.

22. Tout ceci signifie que l’on s’engage à mettre l’accent sur la famille comme lieu d’évangélisation et berceau des valeurs. L’Église s’emploie à faire de la famille un point cardinal de toute la pastorale.

23. Enfin, l’Église d’Haïti, à travers ses structures sociales, s’évertue à prêter une attention spéciale aux groupes les plus vulnérables et aux pauvres souvent victimes de structures insuffisantes et inacceptables au niveau de l’État. La pastorale sociale doit être plus efficace et plus structurée afin de répondre aux souffrances de plus faibles.

24. En guise de conclusion, nous dirons que l’éducation catholique reste la priorité des priorités. La publication, il y a un mois, du Projet Éducatif Catholique Haïtien (PECH) reste pour nous un signe concret de l’engagement et de l’attention que nous portons à ce sujet.

25. Nous sommes persuadés que l’éducation redonnera une nouvelle espérance à notre peuple et nous permettra d’accueillir avec foi les grands projets d’avenir de Dieu dans l’histoire avec nous.

26. Très Saint-Père,
Si Dieu pouvait vous donner la force de venir chez nous en Haïti, à l’occasion des 150 ans de vie concordataire de la Première République Noire indépendante du monde et de l’Amérique latine, ce serait pour tout ce peuple, tant meurtri, une grâce exceptionnelle de renaissance et de tendresse de la part de l’Église.

27. Haïti passe, aux yeux de beaucoup, pour le parent pauvre de l’Amérique et du monde, avec souvent de grandes urgences oubliées, mais notre peuple qui chante et qui danse connait aussi la joie de croire, de vivre et d’espérer. Bénissez-nous, Très Saint-Père, et avec nous ce beau peuple d’Haïti! Bénissez notre apostolat et confirmez nous dans la foi, pendant que nous vous renouvellerons notre prière et notre communion!

Merci.

Monseigneur Louis N. Kébreau, SDB
Cité du Vatican, Rome
Visite Ad limina Apostolorum 2008.
13 mars 2008

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