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Les colons Francais établis
à Saint Domingue dans le but de se faire une fortune, se souciaient
très peu d'établir dans la colonie des écoles et des
centres éducatifs qui dispenseraient un enseignement allant au-delà
du stade primaire. Ceux-ci jugés incompatible avec le système
esclavagiste sur lequel reposait la production de la colonie. Dans la majorité des cas, ils se contentaient d'envoyer leurs progénitures dans la mère-patrie pour se
faire une éducation, et du coup, les éloigner de l'ambiance de libertinage et
de promiscuité qui régnait dans
cette colonie française.
Il n'etait donc pas question pour la masse
d'esclaves noirs, considérés comme des choses dont on pouvait se disposer à
volonté, de recevoir
une instruction. Des chanceux, comme Toussaint Louverture
reçurent des rudiments d'éducation de protecteurs, ou ont
eu la bonne fortune de se rendre en France. D'autres, comme le reconnaît
Jean Fouchard, débarquaient des bateaux négriers avec un
bagage éducatif assez solide (Les
marrons du syllabaire)
Il est intéressant
de noter ici, toutefois, que certains colons, dans leur souci d'avoir une
main d'oeuvre gratuite, se donnaient pour tache de doter certains de leurs
esclaves d'un métier, et devenaient les premiers bénéficiaires
des produits de leur art, se passant ainsi des artisans Européens
qui coûtaient trop chers.
Après l'Indépendance, à part quelques rares exceptions, l'éducation ne fut pas l'une
des priorités des différents gouvernements qui se sont succédés
en Haiti, quoique tous, dans leurs discours ou à travers des documents légaux
soulèvent la problématique de l'éducation.
Dessalines fit inscrire dans
la Constitution impériale une école populaire pour chacune des six divisions
militaires de son empire (article 19).
Christophe érigea des écoles dans certaines villes de son royaume, fonda des académies
royales servant d'écoles secondaires et s'intéressa même
à l'éducation des jeunes demoiselles du royaume en fondant deux écoles privées
de filles au Cap. Pour superviser ces écoles, il fonda la Chambre
Royale d'Instruction Publique et fit appel à des enseignants Anglais. Pétion manifesta un
certain souci pour l'instruction de ses concitoyens en établissant
quelques écoles et en fondant le premier lycée national à
Port-au-Prince. A travers la Constitution de 1816, il affirma aussi le
principe de l'éducation primaire et celui de l'enseignement gratuit
pour tous.
Sous Boyer, l'éducation fut reléguée au champs des bonnes intentions à travers la préconisation des établissements destinés aux enfants de ceux qui auraient
rendu des services à la patrie. Boyer passa également dans
l'histoire comme celui qui, après avoir réalisé l'unité
de l'île, ferma l'université de Santo Domingo. En 1844, un ministère de l'Instruction Publique fut créée, mais le manque d'organisation et l'absence d'une politique d'éducation rationnelle et continue, rendit ce nouveau ministère ineffectif, et ce, jusqu'à la nomination d'Elie Dubois, sous la présidence de Fabre Geffrard, comme ministre de l'instruction publique. Ce dernier, est reconnu comme le seul président du dix-neuvième siècle
dont le gouvernement accorda
une attention spéciale à l'éducation.
En effet, son gouvernement établit de nombreuses écoles en Haiti et encouragea l'instruction à grande échelle. Après la signature
du Concordat (voir: date historiques 28
Mars 1860) qui fit du catholicisme la religion officielle d'Haiti,
il accueillit des missionnaires catholiques qui établirent les premières
écoles congréganistes en Haiti. Il réorganisa l'École de Médecine et l'École de Droit et créa les écoles de Peinture,
de Musique et de Navigation.
La constitution de 1874 fut la première à reconnaître l'importance de l'instruction publique,
au moins dans sa phase primaire en déclarant l'enseignement primaire obligatoire.
Les constitutions suivantes stipuleront que l'enseignement primaire est non
seulement obligatoire, mais
gratuit. Malgré ces bonnes intentions,
les structures se s'améliorèrent
guère, et l'Etat haïtien continua
de négliger ses devoirs en ce
domaine,
préférant laisser la responsabilité d'éduquer les petits Haïtiens aux étrangers.
A la fin du siècle, l'éducation se retrouva pratiquement à la charge de religieux catholiques
étrangers qui fondèrent des écoles où se retrouvèrent les enfants de la bourgeoisie établie et négligèrent ostensiblement la masse.
Léon D. Pamphile rapporta qu'en l'année du centenaire de l'Indépendance
(1904), "seulement 3% des enfants entre cinq ans et dix-huit ans fréquentent les écoles en Haiti"
( L'éducation
sous l'occupation américaine:
1915-1934, p. 37). comme au temps de la colonie, les forces politiques
et économiques du début du XIXè siècle continuèrent d'empêcher la diffusion
du progrès et à l'éducation du peuple (Ibidem.)
L'occupation américaine de 1915, qui bouleversa la vie sociale et politique du pays et assura aux Américains une main mise robuste sur toute l'administration publique, ne contribua nullement à la réduction de l'analphabétisme en Haiti.
Le peu d'attention accordée à l'education se concentra dans le domaine technique et agricole au grand dam de l'élite intellectuelle de l'époque, gens de lettres
et des humanités, tenants de
la culture francophone.
En 1941, Maurice Dartigue fut nommé à la tête du ministère de l'instruction
publique. Pendant quatre ans,
Dartigue essaya de créer un
corps enseignant compétent et des
programmes de perfectionnement
des cadres scolaires d'une telle
envergure qu'on n'hésita pas
à parler de "réforme Dartigue"
pour résumer ces démarches.
Au nouveau de l'éducation, les quarante dernières années sont marquées par quatre phénomènes de grandes importance:
- L'exode massif de ceux et celles qui pourraient être des enseignants compétents, attirés par les offres alléchantes de certains pays d'Afrique et du Québec ou forcés à l'exil.
- La prolifération des "écoles borlettes", incapables de se pourvoir d'un personnel vraiment qualifié.
Le taux d'échecs Aux examens
officiels, ces écoles accusent
un taux d'échecs, quelquefois
embarrassants. Toutefois,
elles suppléent à l'Etat
en acceptant des étudiants
qui, autrement, ne
seraient pas acceptés dans
les écoles publiques ou
congréganistes.
- L'échec de la réforme du système de l'enseignement entreprise
par le ministre Joseph C. Bernard à la fin des années 70; une réforme qui prenait en compte
la réalité linguistique
d'Haiti et tentait de ré-structurer
les dispositifs de l'éducation
à partir de cette réalité.
Certains éléments de cette
réforme, qui aurait constitué
un acte révolutionnaire
dans l'histoire de l'éducation,
furent repris après 1986.
- Le lancement du plan national d'education et de formation.
Aujourd'hui, l'Etat haitien n'est toujours pas en mesure ou ne veut pas mettre l'éducation à la portée du grand nombre, et ce malgré des demandes sans cesse accrues de la part des masses prenant chaque jour conscience de l'importance d'une bonne formation académique pour leurs progénitures. Les fonds du budget national alloués à cet effet demeurent
insignifiants
et l'absence d'une politique d'éducation bien structurées et tenant compte de ces demandes laisse perplexe.

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